’Ficus anthelmintica’ Martius
Ojé (Pérou)
Cuaxinguba (Brésil)Arbre de hauteur maximale comprise entre 40 et 45 m. L’espèce développe de grands contreforts, et les frondaisons s’étalent en larges couronnes aplaties chez les individus âgés. Tous les axes sont orthotropes, la floraison est latérale.
Sur les jeunes arbres d’avenir, les feuilles sont vert foncé, ternes, rêches sur la face inférieure, et peuvent atteindre des dimensions de 20 x 10 cm environ. Les feuilles des arbres adultes, dans la canopée, sont coriaces et brillantes, glabres sur les deux faces avec des nervures proéminentes sur la face inférieure, et mesurent 3 à 4 cm par 8 à 10 cm. Elles sont situées plus particulièrement à l’extrémité des rameaux. Les pétioles mesurent 3,5 à 5,5 cm, les stipules 7 à 16 cm. La longueur des stipules est un caractère important de reconnaissance de l’espèce (Berg 1984).
La couleur de l’écorce varie du blanchâtre au gris foncé, parfois presque noir sur les contreforts, tandis que le rameaux sont vert pâle sur les jeunes arbres du sous-bois, et très foncés sur les arbres adultes. L’intérieur de l’écorce est blanc à rose foncé, et le latex blanc, plus ou moins abondant. La dureté du bois est intermédiaire entre celle de Cecropia membranacea et celle de Maquira coriacea.
Les figues mûres sont vertes et odorantes et mesurent 3 cm de diamètre à Panama (Milton et al. 1982). La dispersion est assurée par les chauve-souris plus que par des oiseaux, la fructification est asynchrone tout au long de l’année (Milton et al. op. cit, Reis & Guillaumet 1983). Nous avons observé des figues tombées au sol avant la pollinisation, ou collecté des fruits sur les arbres au même stade, sans rencontrer de fruits mûrs. Milton et al. (op. cit.) précisent au sujet des peuplements pionniers de F. insipida à Barro Colorado Island : "trees often initiated fruit crops but did not always carry them to maturity for a variety of reasons now under study".
Thomas (1988) signale que les caractéristiques pédologiques influent sur la production de fruits de Ficus capensis, espèce commune sur les bordures de forêts-galeries en Côte d’Ivoire. Or, F. insipica abonde le long des rives de cours d’eau ou de lacs à Panama, et en Amazonie. Il n’est pas impossible que l’inondation annuelle et l’hydromorphie des sols perturbent la phénologie de F. insipida dans ces milieux où il ne pourrait donc se régénérer.
Le système racinaire est caractérisé par l’apparition précoce de contreforts qui se développent par la suite de façon importante. La croisance du pivot est rapidement stoppée, tandis que des racines plagiotropes se développent. le système racinaire reste superficiel, même sur sol bien drainé, ce qui pourrait indiquer une adaptabilité aux sols hydromorphes (Jenik 1976).
Nous avons constaté la présence de nids de petites fourmis rouges agressives sur certains arbres, nids qui se développent principalement sur le tronc ou les branches maîtresses, et se "ramifient" le long des branches plus petites.
Utilisation
Le latex est réputé dans la région d’Iquitos pour sa toxicité. Il est utilisé en quantité soigneusement dosée dans la préparation d’un remède vermifuge. Il serait également tonique dans certaines préparations. Pris à petites doses pendant plusieurs jours, accompagné d’un régime alimentaire d’un mois, il serait un reconstituant physique efficace (Padre Villarejo, cité par Soukup 1987). Une poudre fabriquée à partir du latex et destinée à un usage pharmaceutique aurait été exportée à une certaine époque (ibid.).
Le bois est léger et blanc, utilisé dans la construction de pirogues, la confection de récipients. Les fires de l’écorce s’extraient facilement et peuvent être utilisées pour la confection des tissus (Pio Correa 1984).
Aire de répartition
L’espèce est néotropicale, et naturellement associée aux milieux ripicoles, alluviaux ou palustres, aussi bien en Amérique centrale (Milton et al. 1982) qu’aux Antilles (Fournet 1978) et dans le bassin amazonien. On la rencontre également en forêt secondaire jeune.
Elle est signalée au Brésil (du Mato Grosso jusqu’à Santa Catarina), au Paraguay et en Argentine (berg 1985).
Sa répartition dans le bassin amazonien est irrégulière, et Ducke eet Black (1953) précisent que Ficus insipida "is a characteristic tree of the flooded shores of the Upper Amazon".
Ecologie
La densité de Ficus insipida dans les végétations pionnières de rives de l’Ucayali est remarquable. Gauthier-Hion & Michaloud (1989) relèvent en Côte d’Ivoire et au Gabon la présence marquée de Ficus terrestres dans des végétations secondaires, sur les lisières, ou en zone marécageuse de forêt ouverte, tandis qu’en forêt primaire, les Ficus sont presque exclusivement des hémi-épiphytes. Ils donnent les valeurs de 46,5 individus par hectare en bordure de rivière au Gabon, 51,3 individus en forêt de Côte d’Ivoire pour des Ficus pionniers. La densité maximale que nous avons mesurée, extrapolée à l’hectare, donne des chiffres compris entre 100 (levée 7A) et 300 individus par hectare (levée 8). Cette mesure n’est pas directement comparable à des mesures réellement effectuées sur un hectare ; elle permet cependant de souligner l’abondance locale de l’espèce. Milton et al. (op. cit.) observent à Panama une densité de Ficus terrestres 5 à 9 fois supérieure en forêet secondaire jeune par rapport à la densité relevée en forêt âgée. Parmi ces espèces, F. insipida est particulièrement bien représenté, absent des forêts secondaires âgées et de la forêt primaire, excepté le long des rives, ou dans les chablis. Ces observations confirment le caractère héliophile et ripicole de l’espèce, de même que l’absence hypothétique de régénération.
Le caractère pionnier de l’espèce se traduit néanmoins par une apparition des semis dès le stade à Gynerium sagittatum, avec une affinité héliophile moins marquée que chez les Cecropia, mais qui persiste tout au long de la croissance, ainsi que par la grégarité dans les zones basses où la durée d’inondation élimine bon nombre d’espèces forestières. Ce comportement place Ficus insipida parmi les espèces ligneuses les plus tolérantes à l’inondation.